Les voyous

samedi 4 septembre 2010
  • Les frères Dalton voyous de l’ouest américain

« Nous sommes des menteurs » a dit en substance un ministre de Sassou. Le ministre d’Etat en question, Pierre Moussa, l’a dit quand il a répondu aux questions de sénateurs le 24 août 2010. Le Congo ne sera pas électrifié avant 2015. Ils l’avaient pourtant promis pour 2010. Désormais, changement de programme : ce sera dans cinq ans. Peut-être dans dix ou vingt ans. Ou jamais. Ca fait 25 ans que ça dure. Après tout, ils ont le temps. Ils ont tout le temps puisque c’est le pouvoir de tous les temps. Au cas où on ne l’aura pas compris, on aura encore à supporter les Pierre Moussa et compagnie durant cinq ans.

Curieuse mentalité : ils disent une chose qu’ils ne font pas et font des choses qu’ils n’ont pas dites.

Dans le même exercice parlementaire (questions au gouvernement) , face aux députés, les ministres d’état, (notamment le premier d’entre eux) Isidore Mvouba, ont simplement fait école buissonnière. Sans un mot d’excuse (encore que ça n’a pas d’excuses ) ils ne sont pas venus répondre au questions de députés. Motif invoqué : les vacances. Voyoucratie. C’est une lapalissade de dire que le Congo est un état voyou, un état de voyous, dirigé par un réseau de gangs souvent en interconnexion, parfois non, doté d’un règlement intérieur, de lois propres, comme tous les voyous du monde, fondées sur l’arbitraire, la brutalité et l’encanaillement.

Far West

Le 14 août 2010, cette logique de voyou s’est illustrée au domicile d’un ministre de la République, pourtant un des leurs. Des bérets rouges porteurs d’un ordre de mission ont débarqué au somptueux domicile du ministre de la construction, de l’urbanisme et de l’habitat, Claude Alphonse N’Silou (La Semaine Africaine n°3021). « Dehors ! » a simplement dit le chef de bande au propriétaire des lieux, un ministre de Sassou. On se serait cru au Far West. L’ outlaw habillé en militaire a, dit-il, ordre de réquisitionner la maison du notable politique. Motif de cette expulsion : loger le Président d’Afrique du Sud invité aux festivités du cinquantenaire.

A 24 h de la fête, ils ne savaient pas encore où loger un invité de marque. De vrais voyous.

Mais le propriétaire des lieux ne se laisse pas intimider pour quatre sous. Il résiste, menace d’en référer en haut lieu. La garde prétorienne de Claude Alphonse N’Silou ne s’en laisse pas compter. Les voyous qui veulent squatter la splendide résidence ne veulent pas baisser la garde. On est armé de part et d’autre. La bavure n’est pas loin. Architecte de formation, Claude Alphonse N’Silou construit sa témérité sur son statut de Ministre de la République. D’autres, à sa place, auraient abdiqué, se seraient écrasés. Avec les voyous/cobras, on ne sait jamais... Mais ici, pas question de céder. Puis, la queue entre les jambes, les voyous en treillis militaire rebroussent chemin. Ils repartent bredouilles vers leur repaire, sûrement du côté de Mpila.

Vérification faite, le Président Sud Africain, Jacob Zuma, ne fait même pas partie des invités de Sassou à la mascarade du 15 août.

Question à 1000 dollars : que se serait-il passé si N’Silou avait démenagé ? Imaginons le pire. Après les fêtes, il aurait simplement perdu sa cossue villa. Toute honte bue, un quidam, titre de propriété en main (bien sûr un faux) aurait dit : "j’y suis, j’y reste. Va voi ailleurs si j’y suis". "Si t’es pas content de perdre un domicile, contente-toi au moins de ne pas perdre la vie." "Va te plaindre chez qui de droit. Le ciel ne tombera pas." "Le chien aboie, la caravale passe." "As-tu été au front ? Nous avons souffert pour ce pouvoir. Allez ouste, casse-toi. C’est notre tour de diriger." Etc. etc.

C’est comme ça chez les voyous.

Pour une fois, ça s’est bien passé. N’Silou n’est pas mort pour avoir défendu, bec et ongle, son bien. D’autres n’ont pas eu cette chance. Leurs dépouilles reposent à Itatolo ou au fond du fleuve, lestées d’une grosse pierre.

N’Silou, un dur

Que va faire le ministre Claude Alphonse N’Silou maintenant qu’il a goûté aux méthodes que ses amis réservent, d’ordinaire, aux autres ? Va-t-il démissionner ? Aux dernières nouvelles, il ne l’a pas fait. Serait-il lui aussi un voyou qui trouve des excuses à des compères ? Après tout, le nom de ce ministre apparut en bonne place dans les actes arbitraires qui présidèrent aux expropriations de Bacongo. On le supplia. Il fut intraitable. Ce grand architecte qu’on suppose également franc-maçon comme tous ses frères du Chemin d’Avenir n’est pas connu pour être un enfant de choeur. Dans un pays inscrit à l’initiative PPTE, il possède un impressionnant parc immobilier qui autorise à faire l’hypothèse que sa fortune a des sources douteuses. Monsieur le Ministre fait partie de ceux qui possèdent des biens mal acquis. C’est un boukouteur.(goinfre financier). Aujourd’hui N’Silou a subi un "choc en retour". On a les amis qu’on mérite. Qui se ressemble, s’assemble. Bref, il n’est pas à plaindre.

Etat-voyou

Promesses non tenues, racket, vol, abus de biens sociaux, expropriations sauvages, non assistance à peuple en danger : ce ne sont pas des faits d’arme d’un gang de Palerme. Non. Il s’agit des us et coutumes d’un Etat : Le Congo.

Au Far-West on badigeonnait les bandits de goudron. Ensuite on les enduisait de plumes. C’est le sort idéal à réserver à nos voyous à la fin de leur système de chose. Pour le goudron, c’est bon. Le Congo a le pétrole à gogo. Pour les plumes, c’est plus dur. Il n’y pas d’élevage de volailles dans ce pays...

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